L'ART DES JARDINS
SELON ACHILLE DUCHÊNE

DESSINS DU MUSÉE
DES ARTS DÉCORATIFS

INVITÉ: MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS

LIEU: PALAIS BRONGNIART - PARIS

ÉVÈNEMENT: 29ÈME ÉDITION DU SALON DU DESSIN

En 1913, à l’occasion du troisième centenaire de sa naissance, André Le Nôtre reçoit au pavillon de Marsan, au Louvre, un bel hommage organisé par la Société des amateurs de jardins et l’Union centrale des Arts décoratifs, ancêtre de l’actuel musée des Arts décoratifs.

De nombreuses pièces exposées sont prêtées par l’architecte paysagiste Achille Duchêne, que l’on a parfois qualifié de « réincarnation » du jardinier de Louis XIV. Dans l’Annuaire du luxe à Paris publié par Paul Poiret et Edy Legrand en 1928, lui-même se fait une gloire d’avoir « rénové l’art des jardins en France » et illustre ce propos par un dessin : entouré de personnages en costume, vus de dos, un jardinier-chef d’orchestre y révèle un jardin à la française se déployant comme une scène de théâtre. Dans un amusant jeu de mots et de miroirs, un parterre d’hommes du XVIIe siècle vient admirer un parterre de broderies du XXe siècle et lui apporter sa caution.

De fait, l’art d’Henri Duchêne (1841-1902) et de son fils Achille (1866-1947) a profondément marqué notre appréhension des jardins du Grand Siècle. Qui admire les jardins de Le Nôtre à Vaux-le-Vicomte contemple en réalité leur re-création par Achille Duchêne en 1923 à partir des plans et des vues gravées par Israël Silvestre à la fin des années 1650. A Courances ou à Champs-sur-Marne, les jardins classiques sont aussi des jardins modernes, des jardins « à la manière de ». Devenu maître dans l’art de faire revivre le jardin à la française, Duchêne se voit confier les jardins de nouvelles demeures inspirées du Grand Siècle ou du Siècle des Lumières, chez Paul-Louis Weiller à Versailles, à l’hôtel de Moïse de Camondo à Paris, en lisière du parc Monceau, au Palais-Rose de Boni de Castellane sur l’avenue Foch, et jusqu’aux abords de San Francisco, en Californie, au château de Carolands. Aussi n’est-il guère surprenant que l’exposition Versailles Revival, qui vient de s’achever, lui ait accordé une place de choix.

Comme les architectes René Sergent ou Ernest Sanson dont il accompagne souvent les constructions, Duchêne maîtrise suffisamment le langage artistique de l’Ancien Régime pour l’adapter à l’espace et aux désirs de ses commanditaires. Par-delà le pastiche, il orne ses jardins de nouvelles essences, joue avec la géométrie, combine perspective et parcs à l’anglaise. De même, les fééries nocturnes qu’il se plaît à inventer témoignent d’un regard admiratif sur les gravures des fêtes de Louis XIV à Versailles, tout en mêlant à ces modèles des zeppelins crachant de l’eau, des forêts tropicales, des cascades spectaculaires. L’une de ses variations les plus surprenantes met ainsi en scène des piscines de geysers dans un cratère en Islande, où se glisse parfois un jardin régulier… Après la Première Guerre mondiale, le « jardinier des princes », chéri de l’aristocratie française et anglaise et des nouvelles fortunes américaines, s’intéresse à l’habitat collectif et publie, en 1935, un ouvrage consacré aux Jardins de l’avenir.

Peu après la mort d’Achille Duchêne, sa veuve Gabrielle offre à l’Union centrale des Arts décoratifs un magnifique ensemble de cent trente-six dessins, dans lesquels les idées du paysagiste sont traduites par des dessinateurs professionnels. Au-delà d’une compréhension intime de l’art de Le Nôtre, ces feuilles manifestent un sens aigu de la théâtralité qui donne son unité aux créations de Duchêne. Douze d’entre elles sont présentées au Salon du dessin. Deux autres figurent dans l’exposition Le Dessin sans réserve. Collections du musée des Arts décoratifs, où elles dialoguent avec deux projets de jardins pour l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925, celui, iconique, de Gabriel Guévrékian pour le jardin d’eau et de lumière et celui, inédit, de Robert Mallet-Stevens pour le jardin de l’habitation moderne orné des arbres cubistes des frères Martel.

Bénédicte Gady
Conservatrice du Patrimoine, en charge du département des Arts graphiques du musée des Arts décoratifs

Informations

Site internet: madparis.fr

Adresse : 107 rue de Rivoli, 75001 Paris